Si le Sentier des Douaniers est la vitrine lumineuse de la Côte de Granit Rose, la Vallée des Traouïéro en est l’arrière-boutique mystérieuse. En ce vendredi 13, alors que la brume d’hiver enveloppe le littoral, c’est le moment idéal pour tourner le dos à la mer et s’enfoncer dans cette faille géologique qui sépare Perros-Guirec de Trégastel. Oubliez le rose, ici tout est vert, sombre et féerique. Préparez vos bottes : nous partons sur les traces des contrebandiers, des lépreux et d’un étrange dragon buveur de lait…
Un décor de cinéma… ou de sorcellerie ?
Dès les premiers pas sous la canopée, l’ambiance change radicalement. Le vent du large s’arrête, le silence tombe. Nous sommes dans une jungle bretonne. Ici, le granit ne fait pas face à l’océan, il dort sous une épaisse couche de mousse et de fougères. Les chênes centenaires tordent leurs branches comme des griffes vers le ciel.
Avec l’imagination (et l’ambiance du jour), les rochers prennent vie. On appelle ce phénomène la paréidolie : ce bloc n’est-il pas une tête de géant endormi ? Et celui-ci, un champignon pétrifié ? C’est ce décor unique, presque oppressant pour certains mais fascinant pour tous, qui a nourri des siècles de légendes.
La Légende du Scorfel et le Lépreux
Si vous entendez un bruissement dans les hautes herbes, ce n’est peut-être pas un lapin. Les anciens racontent que la vallée, et plus précisément le rocher de Karreg ar Ludu (le Rocher des Cendres), est le repaire du Scorfel. Ce petit dragon (ou serpent ailé selon les versions) avait une manie étrange : il ne crachait pas de feu, mais adorait se faufiler dans les prés pour… téter le lait des vaches directement au pis ! Une créature plus espiègle que dangereuse, mais qui voudrait croiser un reptile en ce vendredi 13 ?



Plus réel et tout aussi frissonnant : cherchez la Grotte du Lépreux. On raconte qu’un certain Yan ar Pronz y a vécu en ermite. On peut encore deviner l’auge creusée dans la pierre où les villageois charitables lui déposaient de la nourriture sans l’approcher.
Chasse au trésor : Les spots à ne pas rater
Pour transformer cette balade en aventure (surtout avec des ados ou des enfants courageux), voici votre « Check-list » des mystères à trouver :
- La Grotte des Contrebandiers : Située dans une zone difficile d’accès, elle servait de cachette pour les marchandises illicites (tabac, sel) entre les paroisses, et plus tard de refuge pour les chevaux réquisitionnés pendant la guerre.
- La Pierre Tombale (1833) : Oui, vous avez bien lu. Au détour d’un sentier, un petit pont ou une marche est en réalité une stèle funéraire recyclée. Un détail macabre parfait pour la date d’aujourd’hui !
- Le Village des Korrigans : Près du ruisseau, ouvrez l’œil. Depuis une dizaine d’années, une installation discrète de petits pots en terre cuite et de figurines a été créée (à l’origine par une jeune fille du coin). C’est le quartier général du « petit peuple ».
🗺️ Carnet de l’Explorateur
Votre check-list pour la vallée
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La Grotte du Lépreux
Cherchez la pierre creusée en forme d’auge. C’est ici que l’ermite Yan ar Pronz recevait sa nourriture, déposée par les villageois qui n’osaient pas l’approcher.
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La Grotte des Contrebandiers
Autrefois cachette pour le tabac et le sel, elle a aussi abrité des chevaux réquisitionnés pendant la guerre… et des amoureux en quête de discrétion !
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Le Pont « Mortel » (1833)
Ouvrez l’œil sur les petits ponts et marches. L’une des pierres est une pierre tombale recyclée datant de 1833. Un détail macabre digne d’un vendredi 13.
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Le Village des Korrigans
Près du ruisseau, repérez les petits pots en terre cuite. Une installation créée à l’origine par une enfant, devenue le QG officiel du « petit peuple ».
🎒 Le Guide de Survie
Attention, les Traouïéro en hiver, ça se mérite !
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Le Terrain : C’est gras, c’est humide, ça glisse. Les baskets blanches sont interdites sous peine de revenir marron. Optez pour des chaussures de rando étanches ou des bottes.
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Le Départ : Deux accès principaux. Soit par le bas (Port de Ploumanac’h / Carrefour des Traouïéro), soit par le haut (Parking du Ranolien ou route de Trégastel).
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L’Horaire : En février, la lumière tombe vite dans la vallée (dès 16h30/17h). Ne vous laissez pas surprendre par la nuit… c’est à ce moment-là que l’Ankou sort sa charrette (voir notre article !).
Alors, cap ou pas cap ? La Vallée des Traouïéro est bien plus qu’une simple balade digestive. C’est une plongée dans l’histoire cachée du Trégor, celle qui ne figure pas sur les cartes postales ensoleillées. Une expérience immersive, gratuite et garantie 100% mystique





