Légendes & Mystères

Vendredi 13 : Pourquoi l’Ankou fait-il plus peur que le diable en Bretagne ?

Ailleurs, en ce vendredi 13, on évite de passer sous une échelle ou de croiser un chat noir. En Bretagne, c’est différent. Ici, quand la brume se lève sur les landes de Pleumeur-Bodou ou que le vent siffle dans les ruelles de Tréguier, on ne craint pas la malchance. On tend l’oreille. Car la véritable terreur des Bretons n’a ni cornes, ni queue fourchue. Elle porte un chapeau à larges bords, tient une faux montée à l’envers, et conduit une charrette aux essieux grinçants. En ce jour de superstition, plongeons dans l’ombre de l’Ankou, le « Voisin » le plus redouté d’Armorique.


Ni Dieu, ni Diable… mais le « Voisin »

C’est la première erreur que font les visiteurs : confondre l’Ankou avec la Mort ou le Diable. L’Ankou n’est pas la Mort en personne, il est son ouvrier (oberour ar maro en breton). Ce n’est pas non plus un démon venu des enfers pour punir les pécheurs.

Selon la légende, l’Ankou est souvent le dernier mort de l’année dans une paroisse (ou parfois le premier). Autrement dit : l’Ankou, c’était peut-être votre voisin, le boulanger ou le pêcheur du village, condamné à collecter les âmes des défunts pendant un an avant d’être relevé par le suivant. C’est cette proximité qui le rend terrifiant. Il n’est pas une entité abstraite, il est l’un des nôtres, un visage familier devenu blême, chargé de la plus funeste des missions.

« Wig ha Wag » : Le bruit qui glace le sang

Comment sait-on qu’il arrive ? On ne le voit pas, on l’entend. Sa charrette (karrigell an Ankou) est vieille, et ses essieux mal graissés font un bruit caractéristique : « Wig ha wag ». Dans le silence des campagnes trégorroises, ce grincement annonçait qu’une âme allait être emportée dans la nuit.

Un détail fait froid dans le dos : sa faux. Contrairement à celle des paysans qui est affûtée vers l’intérieur pour couper le blé en le ramenant à soi, la faux de l’Ankou est aiguisée vers l’extérieur. Il ne ramène pas la moisson, il la pousse devant lui. Il ne fauche pas pour récolter, il fauche pour abattre.

Pourquoi fait-il plus peur que le Diable ?

Le Diable, on peut lutter contre lui. On peut prier, aller à la messe, faire le bien pour éviter l’Enfer. Le Diable juge. L’Ankou, lui, ne juge pas. Il est l’inéluctable. Que vous soyez riche ou pauvre, capitaine ou mousse, saint ou pécheur, quand la charrette s’arrête devant votre porte, il n’y a pas de négociation possible.

Dans une terre de marins comme la nôtre, où la mort a longtemps été une compagne quotidienne, l’Ankou incarne cette fatalité brute. Il est la certitude que tout a une fin. Comme l’écrivait Anatole Le Braz, l’écrivain du Trégor qui a collecté ces légendes : « La Bretagne est la seule terre où la mort soit familière sans être vulgaire. »

Où le croiser dans le Trégor ? (Si vous l’osez)

Le Trégor est intimement lié à cette légende.

  • À Ploumilliau : Dans l’église, vous trouverez l’une des représentations les plus célèbres de Bretagne : « L’Ankou de Ploumilliau ». Une statue en bois polychrome du XVIIe siècle, armée de sa faux (ou d’une flèche selon les époques). Elle est si impressionnante qu’on la cachait jadis pendant les mariages pour ne pas effrayer les mariés !
  • À Port-Blanc (Penvénan) : C’est ici qu’Anatole Le Braz a recueilli les récits les plus glaçants auprès des locaux pour son chef-d’œuvre La Légende de la Mort.

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Le Saviez-vous ?

À Ploumilliau, la statue de l’Ankou (XVIIe siècle) est si impressionnante qu’une tradition perdure : lors des mariages célébrés dans l’église, on la dissimule derrière un drap. On craint que son regard vide ne porte malheur aux jeunes mariés ou ne leur rappelle trop tôt que « jusqu’à ce que la mort nous sépare » peut arriver plus vite que prévu…

Alors, en ce vendredi 13, ne craignez pas les miroirs brisés. Mais si, ce soir, en rentrant d’une balade sur le sentier des douaniers, vous entendez un grincement de roues dans le lointain… pressez le pas. Ce n’est sans doute que le vent, mais en Bretagne, on ne sait jamais vraiment qui rôde dans la brume.

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